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Découvrez ci-dessous les chefs-d’œuvre, les outils, les souvenirs et les traditions des compagnons du Tour de France.

LA MAIN

« Gloire au Travail, Mépris à la Paresse, Le Travail et l’Honneur, voilà notre richesse ». Telle était la sentence inscrite sur les diplômes des compagnons charpentiers au XIXe siècle. Elle a conservé sa valeur aujourd’hui, car les compagnons savent que l’exercice de leur métier, le savoir, l’effort, le travail, la main et l’outil servent autant à édifier des monuments et des chefs-d’œuvre qu’à construire des hommes.

Les compagnons du tour de France sont d’abord des hommes de métiers. Le métier est une activité « manuelle » liée à la transformation de la matière. En sont donc exclues les professions intellectuelles et de services telles qu’architecte, comptable, vendeur, ingénieur, médecin, etc. Le métier recouvre un processus complet de transformation et non une fraction très spécialisée d’activité. Les métiers du Compagnonnage peuvent être répartis selon les matériaux travaillés : le bois, la pierre, les métaux, le cuir et les textiles, l’alimentation.

Le nombre des métiers intégrés dans le Compagnonnage a varié au cours des siècles. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle près de trente métiers étaient organisés en compagnonnages.

Dans le secteur du bâtiment : les tailleurs de pierre, charpentiers, couvreurs, menuisiers, serruriers, plâtriers, peintres-vitriers. Dans la métallurgie : les taillandiers-forgerons, maréchaux-ferrants, charrons, poêliers, couteliers, fondeurs, ferblantiers, cloutiers, épingliers. Dans le secteur du cuir : les tanneurs-corroyeurs, selliers, bourreliers (deux associations distinctes), blanchers-chamoiseurs (ou mégissiers), boursiers-culottiers. Le secteur des activités textiles comprenait les : tailleurs d’habit, teinturiers, cordiers, toiliers (tisserands), tondeurs de drap, chapeliers. Les tonneliers-doleurs étaient déjà présents, ainsi que les vanniers. On peut ajouter à cette liste le métier de typographe, organisé comme un compagnonnage jusqu’au XVIIe siècle.

Au cours du XIXe siècle, trois nouveaux métiers seront « compagnonnisés » : ceux de cordonnier (1808, après une éclipse de plus d’un siècle), de sabotier (1809), de boulanger (1811) et de tisseur-ferrandinier (1831). Mais s’éteindront progressivement jusque dans les années 1950 ceux de poêlier, coutelier, fondeur, ferblantier, cloutier, épinglier, tanneur-corroyeur, blancher-chamoiseur, boursier-culottier, tailleur d’habit, teinturier, cordier, toilier, tondeur de drap, chapelier, sabotier.

En revanche, au XXe siècle, seront intégrés ceux de cuisinier, pâtissier, plombier, maçon, paysagiste, carrossier (par évolution du métier de charron), chaudronnier, électricien, ébéniste, maroquinier, tapissier.

L’Union Compagnonnique reconnaît près de cent métiers différents, mais ils ne sont pas organisés en son sein par sociétés corporatives autonomes, à l’encontre de ce qui existe à l’Association ouvrière et à la Fédération Compagnonnique.

L’un des buts du Compagnonnage est d’assurer un perfectionnement professionnel aux jeunes ouvriers à leur sortie d’apprentissage. Le travail assidu, l’acquisition de nouvelles techniques et tours de mains, l’élargissement des connaissances de base à d’autres disciplines, sont encouragés. Il s’agit pour un compagnon de toujours essayer de faire mieux.

Le perfectionnement dans le métier s’opère aujourd’hui de trois façons. D’une part en travaillant dans plusieurs entreprises et dans diverses régions durant des périodes de six mois à un an, et ce durant cinq, six voire dix ans (c’est le tour de France). D’autre part, au siège des compagnons de la ville où ils résident, en suivant des cours dispensés par des compagnons ou des formateurs extérieurs, dans leur métier ou dans d’autres disciplines (mathématiques, français, langues étrangères). Enfin, en passant, parallèlement à leur formation chez les compagnons, des examens professionnels tels que le Brevet professionnel, le Brevet de maîtrise, le Baccalauréat professionnel, etc.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la durée de l’apprentissage était longue (de quatre à six ans) et les jeunes gens qui désiraient se perfectionner dans leur métier étaient déjà pourvus de solides bases. Le passage d’un atelier ou d’un chantier à un autre leur permettait d’acquérir de nouveaux tours de mains et de connaître de nouveaux procédés, mais le développement de leurs connaissances reposait avant tout sur leur volonté d’apprendre par eux-mêmes. Cependant, dans les métiers du bâtiment, les futurs compagnons et les jeunes reçus apprenaient aussi le Trait.

On désigne sous ce mot la technique de dessin des volumes, en taille de pierre, charpente et menuiserie. Cette discipline complexe était enseignée par d’anciens compagnons qui ouvraient des écoles de l’automne au printemps, période durant laquelle, faute de lumière, les chantiers se terminaient tôt dans la journée. Auprès de leurs professeurs, les jeunes apprenaient durant plusieurs années la stéréotomie ou « coupe des pierres », ou l’art du trait de charpente et du trait de menuiserie, analogues à la géométrie descriptive.

La plus célèbre école de trait fut celle de Pierre-François Guillon, compagnon charpentier du Devoir de Liberté, ouverte à Romanèche-Thorins (Saône-et-Loire) de 1871 à 1923 (aujourd’hui musée départemental du Compagnonnage).

Dès la fin du XIXe siècle, les compagnons se sont aussi intéressés à la formation des apprentis, domaine dont ils ne s’occupaient guère auparavant. Ils ont mis en place des « sociétés protectrices des apprentis » (à Tours, Lyon, Villeneuve-sur-Lot…) afin de leur permettre de trouver de bons maîtres d’apprentissage. Ils ont créé des cours professionnels à leur intention, qui étaient les précurseurs de ceux des C.F.A. d’aujourd’hui.

Être compagnon, c’est mériter un titre et la reconnaissance de ses pairs. Cela suppose d’abord d’être un ouvrier compétent dans son métier. Le candidat doit donc le prouver en fabriquant un chef-d’œuvre ou travail de réception.

Le mot de « maquette » s’est imposé depuis quelques années, bien qu’il ne reflète pas exactement la nature de ce travail. En effet, il s’agit pour le futur compagnon de réaliser un objet de dimensions variables et qui n’est pas forcément le modèle réduit d’un objet utilitaire. Les chefs-d’œuvre de réception sont, par exemple, pour un menuisier, une maquette d’escalier variant de quelques dizaines de centimètres de hauteur à un ou deux mètres.

De plus, le jeune ouvrier s’efforcera de prouver par ce travail qu’il connaît parfaitement les coupes et les assemblages, en compliquant la forme de l’escalier de telle façon qu’il ne serait pas réellement réalisable grandeur nature aussi parfait que possible, tel celui du compagnon serrurier Ange le Dauphiné (1809), dérobé à Marseille vers 1942.

Un jeune cordonnier a réalisé il y a quelques années quatre chaussures de modèles différents cousues sur une semelle unique, d’où un objet techniquement parfait, esthétique et original mais évidemment inadapté à un usage pratique. Parfois le chef-d’œuvre consiste à confectionner un travail grandeur nature, qui s’incorporera dans la maison des compagnons (une porte, une partie de couverture, le pavage d’une salle en pierre de taille…). De ce type sont aussi les chefs-d’œuvre des boulangers, pâtissiers et cuisiniers, qui doivent respecter les règles de la cuisson, être beaux et appétissants, témoigner de la maîtrise du mélange des ingrédients…et être bons au goût, car ils sont dégustés.

La finalité du chef-d’œuvre reste toujours la même : prouver que l’on connaît son métier. Il est examiné par les autres compagnons qui en font une critique sévère à la mesure des exigences attachées au titre de compagnon. Cette épreuve précède les cérémonies d’adoption puis de réception.

On distingue plusieurs catégories de chefs-d’œuvre, dont le dénominateur commun est toujours d’être un objet unique, remarquable, aussi abouti que possible. Le chef-d’œuvre ou travail de réception précède l’admission à l’état de compagnon. Celui d’adoption, à l’état d’aspirant. Les chefs-d’œuvre de compétition et de défi appartiennent au passé : lorsque deux associations de même métier mais d’origine différente voulaient s’évincer pour s’assurer le monopole de l’embauche dans une ville, elles organisaient un concours. Un ou plusieurs compagnons désignés par chaque société devaient réaliser un chef-d’œuvre aussi parfait que possible, comme ce fut le cas à Marseille chez les compagnons serruriers en 1808-1809.

Il existe aussi des chefs-d’œuvre confectionnés par des compagnons pour le seul plaisir de vaincre les difficultés, en guise de passe-temps. D’autres ont été conçus au XIXe siècle pour affirmer la valeur du Compagnonnage dans une ville : ils étaient présentés lors des expositions professionnelles et promenés dans les rues de la ville lors de la fête patronale (chez les charpentiers, couvreurs, charrons et menuisiers). Certains chefs-d’œuvre ont été réalisés pour remercier des bienfaiteurs. D’autres encore pour accéder au titre de Meilleur Ouvrier de France.

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L’ESPRIT

Inséparable de la main et du métier, l’esprit du Compagnonnage s’exprime par des valeurs, une volonté de toujours mieux faire, le voyage ou « tour de France », des coutumes, des symboles, des rites et des légendes. Tout cela, c’est ce que les compagnons appellent « le Devoir ».

Le mot « Compagnonnage » employé au singulier recouvre en fait plusieurs associations ou mouvements. En faisant référence à l’ensemble des règlements et des traditions qui les structurent (le « Devoir »), ils se dénomment : compagnons du Devoir, compagnons du Devoir de Liberté, compagnons des Devoirs, compagnons des Devoirs Unis.

Les compagnons appartiennent dans le même temps à des associations de métiers : il existe donc des compagnons tailleurs de pierre, charpentiers, boulangers, menuisiers, cordonniers, chaudronniers, peintres, etc. du Devoir ; des compagnons menuisiers et serruriers du Devoir de Liberté ; des compagnons charpentiers et maçons-tailleurs de pierre des Devoirs, etc.

Ces différents Devoirs et métiers ont enfin été rassemblés dans de plus vastes mouvements qui les fédèrent et les dotent de moyens communs : l’Union Compagnonnique (1889), l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir (1941) et la Fédération Compagnonnique des Métiers du Bâtiment (1952).

Les termes généraux de « compagnons du tour de France » englobent toutes ces associations.

Le Compagnonnage n’a pas seulement pour but d’assurer un perfectionnement professionnel à ses membres. Il est aussi destiné à les éduquer et donner un sens à sa vie. Autrefois, les « Règles » et les « Devoirs », les règlements affichés chez l’aubergiste où les compagnons se réunissaient, comportaient de nombreux articles visant à assurer la cohésion du groupe et à développer les valeurs morales de ses membres.

Ces règles de politesse et de vie commune se sont perpétuées aujourd’hui, même si les règlements semblent moins contraignants et si les fautes ne se soldent plus systématiquement par des amendes. L’exigence de moralité, de respect, d’honnêteté, les vertus de persévérance, d’effort, loyauté, franchise, maîtrise de soi, demeure essentielle au sein du Compagnonnage.

Sous peine d’amendes versées à la « boîte » (la caisse commune), ou de bouteilles de vin, il était interdit de se quereller, de médire des compagnons, de mal se tenir, de manquer de respect au Père et à la Mère (les aubergistes), de dégrader leurs meubles, de conserver son chapeau en entrant chez eux, d’y venir dans une tenue sale et en vêtements de travail, de jurer, de cracher, de chanter des chansons vulgaires, etc, etc. Toutes ces obligations tendaient à faire des jeunes compagnons des hommes éduqués, honnêtes, dignes dans leur atelier et dans la société.

A titre d’exemple, voici le texte du règlement des compagnons boulangers de Saumur, tel qu’il était exposé chez la Mère en 1842. On remarquera que les amendes se payent systématiquement en bouteilles de vin et que la multiplicité des fautes prévues suppose qu’il y avait fort à faire avec certains jeunes gens…

Article premier : Tout ouvrier, compagnon ou aspirant qui, en entrant, ne salueront pas la Mère, seront à l’amende d’une bouteille de vin.

Article 2ème : Tout compagnons ou aspirants qui appelleront la mère « Madame » et le père « Monsieur » seront à l’amende d’une bouteille.

Article 3ème : Tout compagnon ou aspirant qui s’assoiront sur les tables ou meubles seront à l’amende d’une bouteille.

Article 4ème : Tout ouvrier qui entre soi se donneront un surnom seront à l’amende d’une bouteille.

Article 5ème : Tout aspirant qui tutoiera un compagnon sera à l’amende d’une bouteille.

Article 6ème : Tout compagnons ou aspirants qui ne se rendront pas deux fois par semaine chez la mère seront à l’amende de 1 franc s’il ne donne pas de bonne raison des causes qui leur en auront empêché.

Article 7ème : Tout compagnon ou aspirant qui se coucheront sur les lits pendant le jour seront à l’amende d’une bouteille.

Article 8ème : Tout compagnon ou aspirant qui se rendront chez la mère après quatre heures sans travailler, avec leur tablier ou les bras nus, seront à l’amende d’une bouteille.

Article 9ème : Tout compagnon ou aspirants qui feront des jeux de mains chez la mère seront à l’amende d’une bouteille.

Article 10ème : Tout comp∴ ou asp∴ qui monteront en chambre le jour de l’assemblée sans avoir des bas et qui ne restera pas la tête découverte tout le temps de l’assemblée sera à l’amende d’une bouteille.

Article 11ème : Tout Compagnon ou aspirant qui se disputera chez la mère sera à l’amende d’une bouteille, mais s’il y a des coups de portés, à l’amende de trois francs.

Article 12ème : Tout compagnon ou aspirant qui liront le règlement le chapeau sur la tête seront à l’amende d’une bouteille.

Article 13ème : Tout ouvrier qui touchera à la canne d’un compagnon ailleurs que par l’embout sera à l’amende d’une bouteille.

Article 14ème : Tout compagnon ou aspirant qui mangeront chez la mère sans se laver les mains seront à l’amende d’une bouteille.

Article 15ème : Tout compagnon ou aspirant qui joueront de l’argent chez la mère : à l’amende d’une bouteille.

Article 16ème : Tout compagnon ou aspirant qui en décoiffera un autre sera à l’amende d’une bouteille ; il en sera de même de celui qui fumera étant assis à la table où l’on chantera des chansons de compagnons.

Article 17ème : Tout compagnon ou aspirant qui allumera sa pipe à la chandelle sera à l’amende d’une bouteille ; il en sera de même de celui qui l’éteindra et qui la laissera allumée par un autre.

Article 18ème : celui qui chantera des chansons malhonnêtes sera à l’amende d’une bouteille.

Article 19ème : tout compagnon qui entre eux s’appelleront « Monsieur » seront à l’amende d’une bouteille.

Article 20ème : Tout compagnon ou aspirant qui trinqueront avec celui qui sera à l’amende et qui boiront avant lui, à moins qu’il y ait 5 minutes que le vin soit dans les verres et avant de boire ne diront pas « A la santé de l’amende et de celui qui la paye » en se découvrant la tête seront à l’amende d’une bouteille et ceux qui refuseront de payer l’amende qu’ils auront méritée y seront du double, et s’ils ne le veulent pas ils seront chassés.

Article 21 : Tout compagnon ou aspirant qui fumeront en chambre seront à l’amende d’une bouteille ; il en sera de même de ceux qui jureront ou qui tiendront une conversation malhonnête.

Article 22 : Tout compagnon ou aspirant qui mettront leur chapeau sur la table seront à l’amende d’une bouteille.

Article 23 : Tout compagnon ou aspirant qui lâcheront des rots ou qui feront entendre des vents seront à l’amende d’une bouteille…

Saumur le 15 août 1846

Fait par Ouvrard Louis, natif de Saumur dépt de Maine-et-Loire reçu compagnon à La Rochelle pour l’Assomption le 15 août 1842 sous le nom de Saumur le Génie du Devoir à l’âge de 21 ans.

Le voyage est l’une des caractéristiques du Compagnonnage. Il s’agit pour le jeune ouvrier de se rendre dans différentes villes où sont implantés les sièges des associations, d’y prendre pension et de travailler dans les ateliers ou chantiers avec lesquels des conventions sont passées. Le jeune homme découvre des techniques différentes d’une entreprise à une autre, durant les six mois ou un an durant lesquels il est embauché. Le tour de France dure de cinq à huit ans, parfois plus ou moins, tout dépend de la volonté de celui qui voyage.

Dans chaque ville du tour se trouve aujourd’hui un siège comprenant un restaurant, des chambres, des salles de réunion et de cours, des ateliers. Mais les maisons de compagnons étaient jusqu’au milieu du XXe siècle des auberges. Les compagnons passaient une convention avec les patrons de l’établissement, assurés d’accueillir une clientèle nombreuse. En contrepartie, la patronne, qui prenait le titre de « Mère », était profondément respectée et ses hôtes s’engageaient à ne laisser aucune dette à leur départ.

L’institution de la Mère s’est perpétuée dans le Compagnonnage mais ses fonctions sont désormais plus celle d’une économe et d’une conseillère que celle d’une aubergiste.

La géographie du tour de France a beaucoup évolué depuis un demi-siècle et l’implantation des associations compagnonniques concerne désormais des régions autrefois ignorées des compagnons de passage (Bretagne, Normandie, Nord-Picardie, Alsace, Massif central) ainsi que des pays étrangers (Allemagne, Angleterre, Pays-Bas, Suisse, etc.). Il est même possible a des jeunes de travailler au-delà de l’Europe, sur tous les continents.

Le tour de France permet également une ouverture culturelle. La découverte du patrimoine de nouvelles villes ainsi que la rencontre d’autres ouvriers et d’autres patrons, développent l’éveil intellectuel et la maturité.

Jusqu’à la seconde guerre mondiale, le tour de France suivait à peu près le cours des fleuves et des côtes atlantique et méditerranéenne. Un réseau de villes jalonnait ce parcours. Le compagnon de passage était assuré d’y trouver le gîte et le couvert et une liste d’adresses pour être embauché par l’intermédiaire d’un compagnon élu à cette fin, le « rôleur » ou « rouleur ». On distinguait les villes de réception ou villes de boîte (où était conservée la « boîte » qui renfermait le « livre de Devoir »), et les villes bâtardes ou de second ordre.

Au XIXe siècle, l’implantation des associations de compagnons a été relevée à Paris, Orléans, Chartres, Blois, Amboise, Tours, Azay-le-Rideau, Le Mans, Poitiers, Saumur, Angers, Nantes, Niort, Fontenay-le-Comte, La Rochelle, Rochefort, Angoulême, Cognac, Limoges, Bordeaux, Agen, Toulouse, Villeneuve-sur-Lot, Tonneins, Montauban, Rodez, Montpellier, Sète, Narbonne, Béziers, Nîmes, Avignon, Marseille, Toulon, Vienne, Romans, Grenoble, Lyon, Saint-Etienne, Mâcon, Dijon, Beaune, Chalon-sur-Saône, Auxerre, Nevers, Troyes. Une ou plusieurs associations compagnonniques y avaient établi un siège. Certaines spécialités industrielles ont aussi entraîné l’implantation des compagnons de certains métiers, attirés par les possibilités d’embauche : la mégisserie et la chamoiserie à Niort, Romans, Annonay ; le tissage à Lyon, Saint-Etienne, Nîmes, Tours, Elbeuf, Rouen, Amiens ; la coutellerie à Thiers et Nogent-en-Bassigny ; la corderie à Rochefort, Toulon, Angers ; la tonnellerie à Cognac, Bordeaux, Sète, Mâcon, Beaune, Tours et autres villes situées en pays de vignobles.

Depuis le milieu du XXe siècle, certaines de ces villes ne sont plus des lieux de vie compagnonnique, mais d’autres ont été fondées à Brest, Caen, Le Havre, Strasbourg, Nancy, Lille, Arras, Anglet, Tarbes, Colomiers, etc.

Le voyage du compagnon d’autrefois s’effectuait en partie à pied, pour des raisons économiques, mais lorsque ses moyens le lui permettaient, il empruntait les voitures attelées ou les bateaux sur les fleuves. Aujourd’hui, c’est par le train, la voiture ou même l’avion qu’il va de ville en ville ou à l’étranger.

Contrairement à une idée reçue, le tour de France ne suivait pas nécessairement le sens des aiguilles d’une montre, ni le sens contraire. Les compagnons voyageaient du sud au nord ou d’est en ouest, ou l’inverse. Cependant, en général, ils ne revenaient pas sur leurs pas. Depuis le XXe siècle, compte tenu de la dispersion des sièges compagnonniques et des possibilités d’embauche programmées avec les entreprises d’accueil, le parcours du tour de France n’est plus linéaire.

Quant aux sièges des compagnons, il s’agissait d’auberges tenues par un couple qui n’avait pas forcément d’attaches avec le Compagnonnage. Le mari n’était pas obligatoirement un ancien compagnon. Les compagnons disaient qu’ils se rendaient « chez la Mère ».

Ils se réunissaient « en cayenne » ou « en chambre » selon les corps de métiers. Il y avait un siège par association, mais les aubergistes pouvaient être choisis par deux ou trois sociétés aux effectifs réduits. On disait qu’ils « faisaient Mère ensemble ».

Depuis la restructuration du Compagnonnage dans les années 1950, les sièges abritent tous les corps de métiers d’un même mouvement et leur capacité d’accueil est beaucoup plus importante. Il s’agit d’établissements, de « maisons », souvent aménagés dans des immeubles rénovés ou modernes, qui n’ont plus rien à voir avec les petits hôtels-restaurants d’autrefois.

Une société initiatique, telle qu’elle est définie par les ethnologues, est une société qui intègre ses membres par étapes, lesquelles sont marquées par des épreuves. C’est aussi une société qui distingue un état « profane » d’un état d’ « initié ». Le passage de l’un à l’autre s’opère au cours d’une cérémonie appelée l’initiation et plus précisément chez les compagnons, la réception ou encore le passage.

Les rites et le contenu des épreuves sont toujours secrets. L’initiation ne se déroule qu’entre les membres de l’association. Le nouveau reçu fait le serment de ne pas les révéler. Il est alors « reconnu » par les autres initiés et apprend les mots et gestes des rites de « reconnaissance » qui permettent de s’identifier auprès d’autres membres de l’association.

Tout cela peut sembler bien mystérieux. En réalité, la cérémonie de réception est vécue avec simplicité et respect par les compagnons. La réception avait et a encore un triple but : d’une part, elle marque de la part des autres compagnons leur reconnaissance des qualités professionnelles et morales du futur reçu, elle sanctionne positivement l’effort et les vertus du candidat. Autrefois, elle permettait, en sélectionnant les meilleurs ouvriers, de leur offrir un moyen de promotion morale et sociale, mais aussi d’en exclure ceux qui voulaient profiter des avantages de l’association sans en être dignes.

D’autre part, les rites et symboles de la réception sont les supports d’un enseignement moral visant à imprimer en la mémoire du nouveau reçu ses devoirs envers les compagnons, la société, lui-même, à l’encourager à persévérer dans l’honneur, la dignité et autres valeurs. Enfin, la réception, par son impact psychologique, cimente la cohésion d’un groupe tourné vers un même but.

C’est parce qu’il est censé être passé d’un état à un autre, celui d’aspirant à compagnon, que le jeune homme reçoit un « nom de compagnon » ou « nom de baptême », symbolisant sa nouvelle naissance. La forme de ce surnom varie selon les corps de métiers. Il est en général composé d’un nom de province suivi d’une vertu (du type « Bordelais la Persévérance »), mais chez les menuisiers et serruriers du Devoir, il est composé du prénom suivi du nom de province (Jean le Tourangeau). Enfin, chez les tailleurs de pierre et les plâtriers, la vertu précède la localité de naissance (tel « La Fidélité de Saint-Martin-le-Beau »).

Il y a deux, voire trois états chez les compagnons. Celui d’aspirant (tous mouvements) ou d’affilié (au seul Devoir de Liberté), qui donne lieu depuis un demi-siècle à la présentation d’un travail et à une cérémonie (l’adoption ou l’affiliation). Celui de compagnon, avec un chef-d’œuvre et une cérémonie (la réception). Enfin, dans plusieurs associations existe aussi l’état de compagnon fini, marqué par une cérémonie particulière.Malgré le secret attaché à la réception, d’assez nombreux récits anciens nous sont connus, soit au XVIIe et XVIIIe siècle, à la suite d’enquêtes de la part de l’Église, qui y voyait des pratiques superstitieuses, soit à la suite de divulgations de compagnons au XIXe siècle, soit encore par des manuscrits présents dans des bibliothèques et services d’archives publiques. Il apparaît que le contenu de ces cérémonies est très variable d’une société de métier à une autre et qu’il a aussi évolué avec le temps.

Les plus anciennes cérémonies connues présentent un caractère christique affirmé : à la façon des « mystères » du Moyen Age, le candidat revivait certains épisodes de la vie et de la passion du Christ.

Au XIXe siècle, les rituels tendent à se déchristianiser et à intégrer des éléments issus de la franc-maçonnerie. Ils se sont encore modifiés depuis un demi-siècle, s’adaptant à l’évolution culturelle, religieuse et psychologique des jeunes gens.

Tous les rituels de réception sont composés d’épisodes destinés à éprouver la sincérité, la volonté, le courage, la moralité et l’engagement du candidat. Le serment d’être fidèle au Devoir et à ses Pays ou Coteries en constitue un épisode important.

Le mot « compagnon » tire son étymologie de deux mots latins : « cum » (avec) et « panis » (pain). Le compagnon est celui avec qui on partage son pain, comme le « copain », qui a la même origine. Les compagnons ont donc pour devoir de se prêter assistance mutuelle, se secourir, s’entraider. Cette obligation repose sur la notion de fraternité.

Tous les compagnons d’une même association sont des « pays » ou des « coteries », termes qui signifient « frères, camarades ». Sont des pays ceux qui travaillent au sol (menuisiers, serruriers, boulangers, chaudronniers, cordonniers, etc.) et sont des coteries ceux qui travaillent sur des échafaudages (tailleurs de pierre, maçons, charpentiers, plâtriers, couvreurs ainsi que les plombiers, qui sont issus des couvreurs).

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les associations de compagnons n’étaient composées que de jeunes gens qui accomplissaient leur tour de France. Une fois revenus au pays, ou devenus sédentaires, mariés, établis patrons, ils « remerciaient » leur société, c’est-à-dire qu’ils la quittaient. Durant les quelques années où ils vivaient pleinement leur compagnonnage, les liens étaient très forts entre eux. Ils partageaient les peines et les bons moments de cette vie communautaire et aventureuse dans les villes où ils séjournaient. Une part de leur salaire était versée dans la « boîte » lors des réunions ou « assemblées ».

Les sommes recueillies, souvent chaque dimanche, ou lors de cotisations spéciales, servaient à secourir les compagnons de passage qui ne trouvaient pas à s’employer. Elles servaient aussi à compenser la perte du salaire en cas de maladie ou d’accident du travail. Les compagnons étaient obligés de se rendre chez les malades hospitalisés. Les fonds de la boîte servaient également à régler les obsèques de ceux qui décédaient loin de leur famille. Ils étaient aussi employés pour les réjouissances collectives du groupe : départs d’une ville précédés d’une « conduite » et d’ « arrosages », banquets lors de la fête patronale.

Enfin, la solidarité compagnonnique se manifestait lorsqu’un Pays ou Coterie se trouvait emprisonné à la suite d’une rixe ou recherché par la police. Par ailleurs, si les maîtres ne traitaient pas bien les compagnons ou refusaient d’élever leur salaire, ceux-ci désertaient l’atelier ou la ville, les privant d’une main-d’œuvre qualifiée (c’est ce qui s’appelait la « mise en interdit »). Durant cette période de grève, la boîte assurait aux compagnons de quoi subsister jusqu’à ce que l’augmentation de salaire soit accordée.

A la fin du XIXe siècle, les compagnons instituèrent également des caisses de retraite.

Durant plusieurs siècles, le Compagnonnage a donc joué le rôle d’une société de secours mutuels et d’un syndicat ouvrier. Ces fonctions ont peu à peu disparu lorsque les chambres syndicales ont été créées (1864 puis 1884) ainsi que les sociétés de secours mutuels, l’assurance maladie et l’assurance retraite. Il n’en subsiste pas moins un devoir d’assistance et de fraternité entre tous les compagnons.

Toutes les sociétés humaines, depuis la nuit des temps, ont leurs rites et leurs symboles. Ils sont inséparables des civilisations : rites funéraires, rites religieux, rites militaires, prestations de serment judiciaire, rites matrimoniaux, rites de salutations, etc. Les symboles ne sont pas moins nombreux. Les uns et les autres sont partagés par un grand nombre de personnes qui les reçoivent comme une évidence. Comme au sein de toute société initiatique, le Compagnonnage possède ses rites et ses symboles, mais comme ils sont moins extériorisés et pratiqués seulement par un petit nombre de personnes, ils suscitent la curiosité.

Certains rites sont encore pratiqués à l’extérieur : la conduite (cortège organisé pour le départ d’un compagnon), la guilbrette (accolade au cours de laquelle les compagnons boivent bras dessus bras dessous), la chaîne d’alliance (à minuit, à l’issue de la fête patronale, ou autour du cercueil d’un compagnon décédé). D’autres sont pratiqués uniquement entre compagnons, dans leurs sièges : rites d’entrée de chambre précédant une réunion, rites de réception. Le pèlerinage à la Sainte-Baume, en Provence, constitue également une étape spirituelle pour les compagnons du Devoir.

Dans tous les cas, leur fonction est de transmettre une morale, d’affirmer la fraternité du groupe, d’éduquer, de conférer de la dignité, d’élever l’ouvrier au-dessus de ses actes quotidiens. L’exécution stricte d’un rite pousse à la maîtrise de soi, ce qui, au sein d’un groupe de jeunes gens jadis turbulents, n’était pas inutile pour les intégrer plus tard au sein de la société.

Tout comme les rites, les symboles du Compagnonnage sont un langage qui n’est plus composé de gestes mais d’images.

Sa fonction renforce la cohésion du groupe car il est d’abord transmis et compris par ses membres. Le symbole suscite les questions, excite l’imagination et la recherche, plus qu’une parole ou un écrit. Le florilège des symboles compagnonniques est important et il a évolué selon les époques et les corps de métiers. Il en existe qui sont liés aux couleurs (le rouge pourra signifier la force ou le courage, le blanc la lumière, la pureté).

Les outils aussi sont des symboles : le compas évoquera les notions de précision, de juste mesure, de pensée ou de divin. L’équerre, celles de droiture, de conformité à la règle, ou encore de matière. Le niveau symbolisera l’égalité, la balance, la justice.

Certains symboles sont issus de l’Antiquité gréco-romaine et de la Bible : le labyrinthe suggèrera le parcours difficile du candidat à la réception, la tour de Babel, l’échec inévitable d’un parcours inspiré par l’orgueil.

Enfin, la vie et les vertus de fondateurs légendaires ont donné aux compagnons le sentiment d’être issu d’un passé glorieux, souvent associé à la construction du temple de Salomon. Les légendes de Maître Jacques, du Père Soubise, du roi Salomon et de son architecte Hiram s’élaborent en réalité assez tard, aux XVIIIe et XIXe siècles. Les épisodes de leur vie et de leur mort servent de modèles pour guider le nouveau compagnon sur les valeurs de son Devoir.

Durant la plus grande partie de son histoire, le Compagnonnage ne comprenait que des métiers qui étaient exercés par des hommes. La force physique nécessaire (métiers du bâtiment, tannerie, boulangerie, etc.), les risques du tour de France et l’environnement socioculturel rendaient inconcevable l’admission des jeunes femmes au sein des sociétés compagnonniques.

La mécanisation partielle des métiers, la sécurité des déplacements et l’évolution des mentalités ont conduit une partie des compagnons à envisager le passage d’une société masculine à une société mixte. En 2004, l’Association ouvrière des compagnons du Devoir a adopté cette réforme. La première femme a été reçue en 2006 (chez les tailleurs de pierre) et d’autres l’ont été depuis dans plusieurs métiers (tapissier, menuisier, boulanger, jardinier-paysagiste, etc.). Des mouvements compagnonniques dissidents pratiquent aussi la mixité depuis 1978.

Le compagnonnage n’est pas qu’une association de formation professionnelle, ni une société de secours mutuels, ni un syndicat. Il n’est ni une religion, ni une secte, ni une société secrète. Il présente des similitudes avec la Franc-maçonnerie mais également des différences importantes.

Le Compagnonnage se définit aussi par son contraire. Il ne peut pas se résumer à une association de formation professionnelle ni à une société de secours mutuels ou encore à un syndicat ouvrier, bien qu’il ait englobé autrefois ces trois fonctions. Ce n’est pas une religion, car ses membres ne vénèrent pas un dieu spécifique et ne pratiquent pas de culte, si ce n’est celui du travail bien fait et une morale de vie en société qui a pu, autrefois, être inspirée de la religion chrétienne. C’est encore moins une secte, car le but du Compagnonnage est d’insérer les jeunes dans leur métier et la société toute entière, sans détournements financiers ni gourous. Ce n’est pas non plus une société secrète, car les associations de compagnons ont toujours été connues de tous et sont aujourd’hui déclarées, voire reconnues d’utilité publique.

Le Compagnonnage n’est pas une société secrète, ses membres ne se cachent pas d’être compagnons mais n’affichent pas non plus leur qualité, surtout s’ils sont établis, afin de ne pas utiliser leur titre à des fins commerciales, sachant qu’en matière professionnelle la modestie doit rester de rigueur. On peut cependant qualifier le Compagnonnage de « société à secrets », puisqu’il en est ainsi de certains rites qui constituent la partie privée et vécue des compagnons.

Par leurs buts, leur forme, leurs symboles, les associations compagnonniques sont parfois confondues avec d’autres mouvements. En premier lieu, avec la franc-maçonnerie, en raison du symbole commun du compas et de l’équerre entrecroisés.

Mais au-delà de certains symboles et de références légendaires (à la construction du temple de Salomon, notamment) et du fait qu’il s’agit dans les deux cas d’associations de type initiatique, ces mouvements ont une origine géographique distinctes (l’Angleterre pour la Franc-maçonnerie, la France pour le Compagnonnage) et une histoire différente (la Franc-maçonnerie émerge au cours du XVIIe siècle alors que le Compagnonnage est attesté au XVe). Enfin, la principale différence repose sur l’exercice symbolique du métier de maçon dans la Franc-maçonnerie, alors que le Compagnonnage suppose la pratique effective d’un métier, qui n’est d’ailleurs pas que celui de maçon et de tailleur de pierre. Il y eut cependant au XIXe siècle d’assez nombreux emprunts par les compagnonnages de symboles et de rites maçonniques, sans pour autant que cela aboutisse à des liens entre les deux institutions, qui sont toujours restées indépendantes.

D’autres mouvements présentent des similitudes avec les compagnonnages. Les Bons Cousins charbonniers et les Bons Compagnons fendeurs, attestés dès le XVIIe siècle, étaient des sociétés initiatiques de forestiers, très proches de celles des compagnons. Elles évoluèrent au XVIIIe et XIXe siècle en acceptant des membres étrangers à leur métier, devinrent des groupements d’assistance fraternelle, connurent des dérivés maçonniques ou politiques (les Carbonari italiens et la Charbonnerie française) avant de s’éteindre dans les régions où elles étaient implantées (Bourgogne, Franche-Comté).

Il existe aussi des compagnonnages en pays germaniques et scandinaves, dans les métiers du bâtiment (charpentiers, couvreurs, menuisiers, tailleurs de pierre, maçons). Comme les compagnons français, ils voyagent et pratiquent une réception. Ils portent une canne torse et des cravates de couleur différente selon les sociétés (cravates noires, rouges, bleues) et certains sont sans cravate.

Des analogies marquées avec les compagnonnages ont été constatées au XIXe siècle dans diverses associations : celles des charpentiers Renards Joyeux, Libres et Indépendants, des sociétaires boulangers ou « rendurcis », des sociétaires faïenciers-potiers de Tours, des sociétaires de l’Union des Travailleurs du tour de France, etc.

Ils partageaient les mêmes buts d’assistance mutuelle, de travail bien fait, certains rites et symboles et la pratique du tour de France. Ils rejetaient le titre de compagnon mais reprenaient bon nombre des usages des Devoirs.

Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, il apparaît que des compagnons et des francs-maçons avaient remarqué des similitudes dans la structure des deux associations. Sociétés initiatiques, les compagnonnages et les mouvements maçonniques pratiquent des cérémonies de réception, des moyens de reconnaissance (signes, attouchements, mots), des échanges de questions et de réponses pour s’identifier entre frères, « pays » ou « coteries ». Mais si la structure était analogue, le contenu était différent. Contrairement à une idée partagée aussi bien par les compagnons que par les francs-maçons d’aujourd’hui, le Compagnonnage n’est pas la forme primitive et opérative (de métier) de la Franc-maçonnerie. Celle-ci ne lui a rien emprunté pour se constituer puisque sa naissance se situe en Angleterre au milieu du XVIIe siècle et qu’elle ne s’établit en France que vers 1725.

En revanche, séduits par ce qui leur apparaissait comme un modèle, une société prestigieuse plus aboutie et plus riche de sens, les compagnons ont largement puisé dans la symbolique et les rites maçonniques pour réformer et étoffer les leurs dès la fin du XVIIIe siècle. A ce jour, la plus ancienne attestation d’un emprunt par le compagnonnage des tailleurs de pierre d’Avignon aux symboles maçonniques remonte à 1782. Mais c’est au cours du XIXe siècle que les compagnons ont multiplié ces emprunts, pour plusieurs raisons. La première a été la volonté de moderniser après la Révolution une institution jugée archaïque et incompréhensible à la jeunesse du « siècle du Progrès ». La seconde vient de ce qu’au XIXe siècle, le Compagnonnage maintient en son sein des sédentaires, des patrons, dont certains s’affilient à des loges maçonniques, ce qui favorise les passages d’une société à une autre. La troisième raison est l’élévation du niveau d’instruction des compagnons : sachant de plus en plus lire et écrire, ils découvrent la multitude de rituels maçonniques et autres ouvrages imprimés, dont ils vont intégrer des éléments dans leurs propres rituels. Les plus connus sont la légende d’Hiram, l’étoile flamboyante, la lettre G, les trois points en triangle et divers symboles des hauts grades.

Associés ou substitués à des éléments traditionnels du Compagnonnage, ils ont été « compagnonnisés » comme une nouvelle forme de langage auprès des compagnons du XIXe siècle. Une partie de ces emprunts a été abandonnée au cours du XXe siècle.